Le Startup Act sénégalais, fruit d'une démarche participative sans précédent

Le Startup Act sénégalais, fruit d'une démarche participative sans précédent

En décembre dernier, le Sénégal est devenu le deuxième pays africain, après la Tunisie, à adopter un cadre législatif dédié aux startups. Retour sur les coulisses d'une réussite collective.

Cette avancée majeure fait suite au vote de la loi 17/2019 par l'Assemblée nationale le 27 décembre, sous l'égide de Ndèye Tické Ndiaye, ministre de l'Économie numérique. Ce texte, connu sous le nom de Startup Act sénégalais (disponible en PDF, uniquement en français), s'inspire de la législation tunisienne adoptée en 2018.

Le nouveau dispositif légal établit une définition claire du statut de startup, ouvrant la voie à diverses mesures incitatives. Des décrets d'application devront encore préciser les critères d'éligibilité des entreprises concernées.

Une concertation tous azimuts, clé du succès

Parallèlement à cette loi, des amendements au code général des impôts ont été intégrés dans la loi de finances 2020. Ces dispositions prévoient notamment une exonération fiscale triennale pour les startups et une réduction significative des frais d'immatriculation, passant de 25 000 à 10 000 francs CFA (soit environ 41 à 16,50 dollars).

L'art de la co-construction

Quelle recette a permis au Sénégal de réussir là où d'autres ont échoué ?

La réponse tient en un mot : inclusion. Eva Sow Ebion, cofondatrice de Kinaya Ventures et figure de proue de cette initiative, insiste sur l'importance d'une approche ascendante mobilisant l'ensemble des acteurs de l'écosystème tech et innovation numérique.

Présente dans le secteur technologique sénégalais depuis 2011, Sow Ebion a certes joué un rôle moteur, mais attribue le succès à une synergie collective.

« Cette démarche collaborative nous a permis d'obtenir l'adhésion de tous les départements ministériels », confie-t-elle lors d'un échange avec Ventureburn.

L'aventure démarre en 2016 à Kigali, au Rwanda, lors d'une rencontre de représentants de hubs d'innovation qui débouche sur la création d'i4Policy, un réseau panafricain regroupant plus de 160 centres d'innovation dans 45 pays du continent, et prônant la co-création dans l'élaboration des politiques d'innovation.

Membre du secrétariat d'i4Policy, Sow Ebion a transposé cette méthodologie au Sénégal pour repenser les politiques publiques en faveur de l'entrepreneuriat innovant.

Quand la volonté politique rencontre l'ambition collective

Le timing s'est révélé idéal : le président Macky Sall (photographié ci-dessus lors d'une rencontre avec les acteurs de l'écosystème en 2018) affichait déjà une volonté forte de dynamiser l'économie numérique.

Sow Ebion a ensuite orchestré une série de rencontres avec les ministères et les hubs d'innovation pour bâtir une coalition opérationnelle. Elle a également contribué à l'organisation d'un hackathon politique à Dakar, soutenu par la Banque mondiale.

Après 19 mois d'échanges intensifs réunissant 60 membres issus de neuf hubs d'innovation sénégalais et 20 organisations partenaires, les acteurs de l'innovation ont entamé un dialogue soutenu avec diverses instances gouvernementales : autorité fiscale, ministères de l'Éducation et des Finances, entre autres.

La ministre de l'Économie numérique, Ndèye Tické Ndiaye, a incarné cette volonté politique en pilotant le processus côté gouvernemental.

Le collectif a identifié des startups emblématiques pour illustrer chacun des défis majeurs du secteur : fiscalité, financement, réglementation et complexités à l'export.

La démarche s'est enrichie de consultations en ligne via chatbots touchant près de 500 personnes, y compris au sein de la diaspora sénégalaise, et d'une assemblée citoyenne à Dakar en 2018 qui a mobilisé un millier de participants.

Le texte définitif a été soumis à la Présidence en juillet 2019 pour validation, avant son adoption par l'Assemblée nationale en décembre.

Un modèle à suivre pour le continent

D'autres nations africaines gagneraient à s'inspirer de cette approche participative sénégalaise.

Au-delà de la méthode, une question demeure dans tous les esprits : ce Startup Act pourra-t-il réellement propulser les entreprises numériques du pays vers de nouveaux sommets ? Le Sénégal est désormais sous le regard attentif de tout un continent.

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